Le glanage, c’est écolo !

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L’écologie possède de multiples facettes : Recyclage, climat, alimentaire, énergie… Beaucoup de catégories passionnantes où chacun·e peut agir pour réduire son empreinte écologique ! Dans cet article, nous allons parler du glanage, qui consiste à récupérer des produits alimentaires (en général des fruits et des légumes). Je pratique cela depuis plus de deux ans, je n’ai jamais eu aucun problème ! Par contre, j’ai économisé des centaines d’euros… Et la satisfaction d’avoir accompli un acte citoyen n’a pas de prix !

 

Rappel juridique

Le glanage est autorisé. C’est un DROIT citoyen. Néanmoins, certains cas ne permettent pas de glaner sans risquer des problèmes : glanage avec des outils (râtelage), avant la récolte ou sur l’arbre (vol), glanage sur un terrain fermé (violation de propriété), interdiction explicite (arrêté municipal). Ces cas sont plus souvent prévus lors du glanage en milieu agricole. Pour le glanage en milieu urbain, c’est considéré comme « abandon », car laissé sur la voie publique.

 

Glanage urbain

Le glanage en milieu urbain repose sur un fonctionnement un peu différent, il s’agit en général de faire ce qu’on appelle « la fin des marchés » ou encore les bennes à ordures des grandes surfaces.

Avec les nouvelles lois anti-gaspillage, il est plus difficile – mais toujours possible – de trouver des trésors dans les bennes de supermarchés. En effet, certaines enseignes continuent de jeter des choses de qualité, encore sous emballage plastique : barquette de champignons, barquette d’aubergines, sachet d’endives… (des choses que j’ai récupéré moi-même il y a de ça un an en passant à côté d’une grande enseigne en ville).

Mais là où je trouve le plus de choses (de ma propre expérience), c’est en faisant la fin des marchés. Et quand je dis « le plus de choses », c’est un euphémisme : il y a 3 semaines, j’ai trouvé 8 choux-fleurs, 2 choux blancs, plusieurs courgettes/poivrons, des pommes… pour ne citer que ça. Mes deux sacs cabas étaient pleins !

L’été dernier, c’était un sac cabas entier de tomates (dont la moitié pas abîmées, encore en grappe !). On enlève la partie abîmée – la moitié de la tomate pour les plus frileux·ses – un gros fait-tout, de l’ail, du thym, du sel, un ou deux oignons, un peu d’huile d’olive, vous faites cuire ça une heure ou deux et vous obtenez une MARMITE de sauce tomate, que vous pouvez stocker dans votre congélateur ! Pour deux personnes, cela nous à permis d’avoir de la sauce tomate toute faite et maison, pour une année entière et en mangeant de la sauce régulièrement (pizza, spaghettis…)

Autant vous dire que d’y aller chaque semaine, ça permet de faire beaucoup moins de courses 😉

La majorité des fruits et légumes sont en bon état…

 

S’équiper

Des gants pour les angoissé·e·s de l’hygiène, 2 sacs cabas (ou un caddie de course, ou des cagettes empilées à l’arrière de votre vélo… ou des cagettes dans le coffre de votre voiture si le marché est loin de chez vous.) Pour ma part, je suis à 3 minutes à pied du marché, donc 2 sacs cabas alloués à 100% à cette activité.

 

L’attitude

La première chose à savoir, c’est qu’il faut respecter les personnes vendant sur le marché. Vous aurez à faire à 3 types de personnes :

  • La personne qui apprécie que vous veniez glaner, car cela la rend triste d’abandonner ses produits « invendables » (entendons : que les personnes n’achèteront pas car plus assez frais, un peu abîmé…)
  • La personne qui au contraire va probablement vous faire comprendre que ça l’ennui. Pour ces personnes, il faut soit lui expliquer que glaner est légal et autorisé et que c’est un acte citoyen de lutte contre le gaspillage alimentaire, soit passer son chemin et attendre qu’elle soit partie.
  • La personne qui s’en moque. En général, elle vous dit à peine bonjour, et ne vous dit rien si vous glanez proche de son étal.

Ensuite, sachez que les personnes se chargeant de nettoyer la place et qui viennent ramasser les cagettes n’aiment pas – et elles ont raisons – voir des tas mis n’importe comment. Elles préfèrent voir des piles de cagettes : c’est plus facile à débarrasser. Certaines d’entre elles ne se gênent pas pour faire la remarque aux vendeurs·euses sur le marché concernant le fait de faire des piles correctes.

La règle d’or est donc « garder l’endroit propre » après votre passage. J’ai pour habitude de remettre les cagettes comme elles étaient une fois que j’ai fini de farfouiller dans une pile/un tas.

La troisième règle consiste à soit demander aux personnes si vous pouvez récupérer les invendus (en général je dis quelque chose comme « Bonjour, vous jetez ce qu’il y a dans cette cagette ou pas ? ça vous dérange si je regarde ce que je peux récupérer ? » en souriant, ça passe 95% du temps.), soit attendre le départ de ces personnes. En effet, n’oubliez pas que ces personnes TRAVAILLENT, elles sont entrain de débarrasser leurs étals, et outre le fait que vous traîniez dans leurs pattes, il y a un risque de sécurité pour vous lorsqu’ils défont par exemple les barres en fer qui tiennent leur « toit » ou qu’ils manœuvrent avec leurs camions.

La 4ème et dernière règle, et qui est pour moi la plus importante : LE PARTAGE. Il m’arrive de croiser d’autres glaneurs·euses, et lorsque nous sommes plusieurs sur un tas, si je vois une cagette avec BEAUCOUP de choses, je propose aux gens de venir en prendre un peu, voir même d’échanger (si si !) des choses.

 

Et l’hygiène dans tout ça ?

Pour ce qui est des bennes à ordure, vous ne risquez rien quand c’est emballé sous plastique ou que ce sont des aliments à peau épaisse (avocat, agrumes…). Au marché, si c’est dans des cagettes, vous ne risquez pas grand chose non plus… Il m’est arrivé de récupérer des clémentines qui étaient tombées sur le bitume… La peau ne se mange pas (sauf si vous faites des orangettes ou des choses confites 😉 ), vous ne risquez rien.

[1] Si vous récupérez des produits venant de supermarchés, vérifiez la DLC et DDM :

  • DLC : Date Limite de Consommation => En général, les produits d’origine animal. Repérable par la phrase « À consommer jusqu’au… ».
  • DDM : Date de Durabilité Minimale, anciennement Date Limite d’Utilisation Optimale (DLUO) => Cela signifie que la denrée peut avoir perdu une partie de ses qualités, le goût, l’aspect, PEUT avoir changé, mais aucun risque sanitaire si consommée après la date, sous réserve que les conditions de conservations sont respectées. Repérable par la phrase « À consommer de préférence avant le… »

 

Rentabilité

Plus haut, je vous parlais de ma récente trouvaille : 8 choux-fleurs, 2 choux-blancs. À l’heure où j’écris ces lignes, les cours du marché concernant le chou-blanc bio, français : 1.29€ pièce. Le chou-fleur de taille moyenne venant de Bretagne ou de la Manche oscille entre 0.70€ et 2.09€ pièce.

Le calcul est donc vite fait : pour ces 10 choux, c’est 7 à 20€ d’économisé… La sauce tomate, 2.80€ le pot de 425g de chez Panzani. J’en ai eu l’équivalent d’une quinzaine de pot dans mon congélateur, grâce au marché. 2.80€ x 15 = 42.00€

Et on trouve de tout, par période : Avocats (0.80€ ~ 1.20€ pièce), pommes (1.50€ ~ 3.00€ / kilo), clémentines (2.00€ ~ 4.00€ / kilo)… Lorsque je ramène deux cabas complets, ce sont des dizaines d’euros d’économisés par semaine !

Le plus compliqué est de trié ce qui est abîmé et ce qui ne l’est pas/peu 🙂

 

Consommation / Conservation

Pour la conservation je conseille de faire comme suit :

  • Laver/essuyer les aliments (quand il a fait humide c’est pratique : un aliment mouillé pourrira plus vite qu’un aliment sec)
  • Cuisiner les produits qui sont déjà un peu abîmés
  • Utiliser des barquettes de beurre ou des pots de yaourt pour bébé comme contenant par exemple et mettre au congélateur.
  • Organiser les aliments par ordre de fraîcheur : les moins frais seront consommés d’abord car ils s’abîmeront plus tôt

Pour la consommation, voici quelques idées en vrac :

  • Des tomates ? Sauce tomate, tarte tomate/moutarde…
  • Des légumes d’été variés ? Ratatouille, couscous…
  • Des blettes ou des épinards ? Lasagnes, tarte, tourte…
  • Des poireaux ? ciseler, cuire, congeler : du poireau tout prêt pour soupe, tarte, fondue de poireaux…
  • Des oignons ? confit d’oignon, tarte à l’oignon…
  • Du chou-fleur ? Coupé en fleurettes, au congélateur (cru ou pré-cuite) puis le jour J, en gratin avec des pommes de terre, ou en soupe
  • Des endives ? Congélateur (cru ou cuite) puis le jour J, braisées à la poêle avec un peu de sucre, ou en tatin.
  • Des bananes ? Cake à la banane, barre de céréales, smoothie…

 

Écologique ?

En France, 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année, 1.3 milliards de tonnes dans le monde. C’est 1/3 de la production alimentaire mondiale… [2]

Récupérer des fruits et légumes du marché, c’est autant d’aliments que vous n’achetez pas en grand surface : réduction des emballages, pour ceux·celles qui achètent des produits emballés. Je parle de la réduction des déchets dans cet article 🙂

Dans l’écologie, il y a aussi de l’éthique, de l’humain. Récupérer les invendus, c’est un acte citoyen réduisant – à votre échelle – le gaspillage alimentaire. Quand on sait que dans certaines parties du monde, des hommes, des femmes, des enfants, ne mangent pas à leur faim, cela devient indécent de gaspiller autant !

 

Sources

[1] Gouvernement, 2018 « DLC et DDM : Ce que vous devez savoir »

[2] Le monde, 2018 « Le gaspillage alimentaire en France en chiffre »

 

 

Crédits photos

en-tête : INRA

Le reste : moi-même