COP15 Biodiversité – Accord historique mais insuffisant

COP15 Biodiversité – Accord historique mais insuffisant

Édito

Tout d’abord, la COP c’est quoi ? Ça signifie Conferences Of the Parties et sont des conventions internationales permettant aux États de se mettre d’accord (ou non) sur des feuilles de routes sur le climat, la biodiversité…

Il est important de rappeler que la COP biodiversité n’est pas aussi fréquente que la COP climat : la dernière COP biodiversité, la COP14, était fin 2018, en Égypte.

Il faut également savoir que, même si le réchauffement climatique est quelque chose de très grave, il n’est qu’un symptôme d’autres problèmes plus graves encore, comme la chute de la biodiversité.

Chute de la biodiversité – Les 5 raisons

Il existe 5 causes majeures à cette chute de la biodiversité :

  • Les changements d’usage des terres et de la mer. Ils sont principalement dus, à l’échelle mondiale, à l’intensification et à l’extension de surfaces agricoles qui conduisent au déboisement de vastes surfaces forestières. En France, ils se traduisent notamment par l’artificialisation, c’est-à-dire par la perte d’espaces, principalement agricoles, ou naturels ou forestiers. Ils conduisent à la destruction, la dégradation et la fragmentation des habitats (abrasion des fonds marins, mise en culture de prairies, pertes de connectivité, perturbation de l’hydrologie), le dérangement des espèces (collisions avec les véhicules, etc.), la dégradation des sols, de leurs fonctions et de leur biodiversité. Dans ce cas, les sols ou le milieu ne peuvent plus jouer leur rôle (héberger des espèces, capter du CO2, etc.).
  • L’exploitation directe de certains organismes (la surexploitation des ressources biologiques). Il s’agit des situations où nous utilisons de façon excessive les ressources naturelles (eau, bois, énergie, produits agricoles…). Cela concerne des activités qui prélèvent trop dans le milieu naturel, au-delà de ce que le milieu peut régénérer. Cela concerne notamment certaines pratiques agricoles ou la surpêche, des activités de chasses non gérées, la déforestation, les sur-prélèvements par les activités récréatives, etc.
  • Le changement climatique. Le réchauffement climatique en cours modifie, perturbe ou menace le monde vivant : l’aire de répartition des espèces animales et végétales se déplace, certains cycles végétatifs s’accélèrent. Le climat est lui -même déséquilibré par les activités humaines qui émettent trop de CO2 et de gaz à effet de serre. Or la biodiversité offre des solutions d’atténuation et d’adaptation au changement climatique reconnues (solutions fondées sur la nature).
  • La pollution des eaux, des sols et de l’air. Il s’agit par exemple des pollutions des milieux aquatiques par les substances azotées et phosphorées, les pollutions de l’air, les pollutions des sols et des milieux aquatiques par des substances dangereuses (pesticides, métaux lourds, etc.), des pollutions émergentes (résidus médicamenteux, nanoparticules, ondes électromagnétiques, etc.), la pollution par les macro-déchets (notamment ceux qui se retrouvent en mer et dans les organismes marins), la pollution des milieux par les micro-plastiques, la pollution sonore (notamment par les transports terrestres et maritimes) ou la pollution lumineuse. Elles détruisent ou modifient les écosystèmes et les espèces.
  • Les espèces exotiques envahissantes (par exemple l’introduction et la dissémination d’espèces exotiques envahissantes ou l’introduction et la dissémination ou la mise en contact avec des agents pathogènes microbiens). Elles constituent une menace pour près d’un tiers des espèces terrestres menacées et sont impliquées dans la moitié des extinctions connues. Les espèces exotiques envahissantes sont à l’origine d’impacts multiples affectant les espèces indigènes, le fonctionnement des écosystèmes et les biens et services qu’ils fournissent.  Ces espèces sont également à l’origine d’impacts négatifs importants pour de nombreuses activités économiques et pour la santé humaine.

Le point N°3 sur le changement climatique est important puisqu’on constate un lien fort entre le changement climatique et chute de la biodiversité. On se demande donc pourquoi il n’y a pas une COP biodiversité tous les ans, comme pour la COP climat… Un autre article sur ce site explique pourquoi il faut remettre la biodiversité au centre du combat.

Et pour en savoir plus sur les COP, lire « Pourquoi deux COP », sur le site de l’ONU.

Part d’audience

D’après QuotaClimat, la COP15 à Montréal a occupé 0,3% de l’espace médiatique durant les deux semaines où elle a eu lieu. 0,3%. Le rôle des médias dans le fiasco qu’est la transition écologique actuellement est immense. À l’heure où nos regards devraient être tournés vers les différents problèmes majeures de notre siècle, on préfère se concentrer sur une coupe du monde de football controversée.

Pendant que l’on pleurait la défaite contre l’Argentine, une décision « historique » était prise à des milliers de kilomètres du Qatar. Pourtant, France 2 – qui n’avait aucun droit de diffusion sur le Mondial – a monopolisé l’entièreté de son 20H pour des reportages en Argentine, aux Champs Élysées (qui étaient vides), etc.

On parle également 8 fois moins de la biodiversité que du changement climatique, alors que la chute de la biodiversité aura un impact encore plus fort sur notre avenir à tous.

Les temps forts

Les tambours des autochtones ont retenti lors de la cérémonie d’ouverture, le 6 décembre. Le but de cette COP15 était de fixer un cadre international pour la décennie actuelle qui sera capable d’enrayer et d’inverser l’effondrement du Vivant.

Source : Juliette Quef / Vert

Comme d’habitude, c’était le festival des compagnies minières et pétrolières qui se pavanaient à cette COP. Les peuples autochtones se sont mobilisés pour leurs droits et ont demandé la reconnaissance de leur rôle dans la sauvegarde de la biodiversité.

Accord « historique »

L’information importante de ces 15 jours est sans doute l’accord majeur, unanime, des 190 pays présents. L’objectif commun est de parvenir à protéger ensemble la biodiversité à l’échelle mondiale.

« protéger au moins 30% des terres et des mers d’ici 2030 est la nouvelle étoile polaire que nous utiliserons pour naviguer vers le rétablissement de la nature ».

Masha Kalinina, officière supérieure de l’ONG The Pew Charitable Trusts

La conservation et la gestion efficience d’au moins 30% des zones terrestres, des eaux intérieures et des zones côtières et marines est probablement l’une des mesures les plus importantes de cette COP.

La feuille de route des 23 mesures

1 – Veiller à ce que toutes les zones fassent l’objet d’une planification spatiale participative intégrée et inclusive de la biodiversité tout en respectant les droits des peuples autochtones et des communautés locales.

2 – Veiller à ce qu’au moins 30 % des zones d’écosystèmes terrestres, aquatiques intérieurs, côtiers et marins dégradés fassent l’objet d’une restauration efficace.

3 – Conservation de 30 % des zones terrestres, des eaux intérieures, côtières et marines et gestion par des moyens écologiquement représentatifs.

4 – Stopper l’extinction induite par l’homme des espèces menacées connues.

5 – Prévenir la surexploitation des espèces sauvages.

6 – Réduire le taux d’introduction et d’établissement d’espèces exotiques envahissantes.

7 – Réduire la pollution.

8 – Minimiser l’impact du changement climatique et les risques de catastrophe.

9 – Veiller à offrir des avantages sociaux, économiques et environnementaux aux personnes qui dépendent le plus de la biodiversité.

10 – Favoriser l’agroécologie qui contribue à la résilience, l’efficacité et la productivité à long terme.

11 – Restaurer, maintenir et améliorer les contributions de la nature aux personnes.

12 – Assurer une planification urbaine inclusive de la biodiversité, en améliorant la connectivité et l’intégrité écologiques.

13 – Prendre des mesures de gouvernance juridiques, politiques, administratives et de renforcement des capacités efficaces à tous les niveaux.

14 – Assurer la pleine intégration de la biodiversité en alignant progressivement toutes les activités publiques et privées pertinentes, les flux fiscaux et financiers sur les objectifs et cibles du présent cadre.

15 – Implication et mesures concrètes d’aide de la part du domaine de la finance durable et favoriser la divulgation des entreprises.

16 – Modifier nos modes de consommation et réduire de moitié le gaspillage alimentaire mondial.

17 – Mettre en œuvre dans tous les pays des mesures de biosécurité et des mesures pour la gestion de la biotechnologie.

18 – Réduire d’au moins 500 milliards de dollars américains par an les incitations les plus néfastes contre la biodiversité.

19 – Augmenter les ressources financières publiques et privées pour mettre en œuvre les stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité.

20 – Renforcer le développement, l’accès et le transfert de technologie, en particulier dans les pays en développement, en encourageant le développement conjoint de technologies et des programmes de recherche scientifique conjoints pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité.

21 – Rendre accessibles les meilleures données, informations et connaissances disponibles aux décideurs, aux praticiens et au public pour guider une gouvernance efficace et équitable, une gestion intégrée et participative de la biodiversité.

22 – Garantir la représentation équitable, inclusive, efficace et sensible au genre dans la prise de décision.

23 – Assurer l’égalité des sexes et un leadership complet.

Les mesures prises par les 190 états présents à la COP15 biodiversité se regroupent en 4 axes qui sont la réduction des menaces à la biodiversité, la conservation et l’utilisation durable des ressources, l’accès et partage des avantages issus des ressources génétiques et les moyens de mise en œuvre du cadre mondial.

L’argent, nerf de la guerre ?

Comme pour la COP27, un fond financier va être mis en place de la part des pays développés, afin d’aider les pays en voie de développement afin de lutter contre la perte de biodiversité. Vous pouvez trouver le détail de ce fond « CMB » ici.

Conclusion

C’est un très bon début pour la restauration de la biodiversité, mais nous sommes encore loin d’être tirés d’affaire. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, c’est pourquoi je préfère attendre de voir des résultats avant de me réjouir de ces discours qui ressemblent bien souvent à des effets d’annonce.

Plusieurs questions restent en suspens :

1°) Protéger les terres et les mers, mais comment, et lesquelles ? Les zones protégées en France sont souvent des zones qui restent exploitées. (Nous n’avons donc pas la même définition du mot « protéger »)

2°) On ne parle pas de régimes alimentaires, il y a zéro mention de la viande. Nous savons pourtant que la consommation déraisonnée de viande est la première cause de la chute de biodiversité, via le changement d’usage des sols (artificialisation, déforestation, monoculture intensive, culture céréalière à outrance pour le bétail, etc.). Étonnant, quand on sait l’impact rapide qu’aurait une baisse de la consommation de viande à l’échelle nationale…

3°) Très peu d’objectifs chiffrés : Tout est flou, nous n’avons aucune réelle visibilité dans le temps et les montants alloués ne sont pas définis. Ces mesures ne semblent être que des mesures très peu contraignantes ce qui ne laisse présager rien de bon à court et moyen terme.


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